Rivest-Shamir-Adleman : l'algorithme RSA qui protège encore une bonne partie d'internet

27 juillet 2026
Rivest-Shamir-Adleman : l'algorithme RSA qui protège encore une bonne partie d'internet

En 1977, trois chercheurs du MIT ont changé la façon dont on sécurise les échanges numériques. Ron Rivest, Adi Shamir et Leonard Adleman ont mis au point ce qu'on appelle aujourd'hui l'algorithme Rivest-Shamir-Adleman, ou RSA tout court. Le truc, c'est que ça a rendu possible la cryptographie asymétrique à grande échelle, celle qui permet à deux inconnus de communiquer en toute confidentialité sans avoir échangé de secret au préalable. Avant ça, sur un réseau ouvert, c'était toujours le même problème : comment distribuer une clé sans qu'elle soit interceptée.

Ron Rivest, Adi Shamir et Leonard Adleman : l'histoire derrière l'invention

Les trois travaillaient ensemble au Massachusetts Institute of Technology. Ron Rivest, d'origine canadienne-française, Adi Shamir venu d'Israël, et Leonard Adleman. La légende raconte qu'ils ont eu l'éclair de génie un soir de Pessah, après quelques verres. Ils ont essayé des dizaines d'approches avant de tomber sur la bonne. Ils ont publié leur papier en 1978 dans Communications of the ACM, même si tout le monde retient 1977 comme année d'invention. Brevet américain en 1983.

À l'époque, Whitfield Diffie et Martin Hellman venaient juste de poser les bases théoriques de la cryptographie à clé publique. Rivest, Shamir et Adleman ont rendu l'idée concrète et utilisable. Et honnêtement, sans leur travail, on n'aurait pas eu les certificats SSL, les signatures de code ni une grande partie de la confiance qu'on met dans les transactions en ligne aujourd'hui.

Le principe mathématique du Rivest-Shamir-Adleman

Le RSA repose sur un constat simple mais puissant : multiplier deux très grands nombres premiers est facile, les décomposer ensuite est extrêmement dur. On choisit donc deux primes secrètes p et q, on calcule n = p × q. Ce n devient public, accompagné d'un exposant e (souvent 65537 pour des questions de vitesse). La clé privée, c'est un exposant d calculé à partir de p et q de telle sorte que chiffrer puis déchiffrer ramène au message original.

Concrètement, pour chiffrer un petit bloc m avec la clé publique (n, e), on obtient c = m^e mod n. Pour récupérer m, on utilise la clé privée : m = c^d mod n. Même mécanique à l'envers pour les signatures numériques : on signe avec la privée, n'importe qui peut vérifier avec la publique.

Le point c'est que tout tient tant que personne ne factorise n. Avec des clés de taille raisonnable, c'est encore hors de portée des ordinateurs classiques. Mais attention, la taille compte énormément. Aujourd'hui les recommandations tournent autour de 2048 bits minimum, souvent 3072 ou plus quand les données doivent rester protégées longtemps.

À quoi sert vraiment le RSA en cybersécurité aujourd'hui

On le croise partout sans toujours le voir. Dans le handshake TLS quand votre navigateur établit une connexion HTTPS, il sert souvent à échanger la clé de session symétrique (même si ECDH prend de plus en plus de place pour la perfect forward secrecy). Les certificats X.509 qui authentifient les sites web, les serveurs de messagerie ou les VPN reposent sur lui. Les signatures de code pour les mises à jour Windows, les drivers ou les applications mobiles. Les emails chiffrés via S/MIME ou OpenPGP. Les tokens d'authentification et certaines infrastructures à clés publiques.

Bref, le Rivest-Shamir-Adleman reste un pilier de la PKI. Il permet à la fois le chiffrement pour la confidentialité et la signature pour l'authenticité et l'intégrité, sans que les deux parties aient besoin de se rencontrer ou de partager un secret au préalable. C'est ça qui le rend si pratique depuis presque cinquante ans.

Les précautions indispensables avec cet algorithme

Rien n'est magique. Des clés trop petites (1024 bits par exemple) sont aujourd'hui considérées comme insuffisantes. Il faut aussi faire attention aux implémentations : les anciens schémas de padding PKCS#1 v1.5 ont connu des attaques par oracle dans le passé. Aujourd'hui on privilégie OAEP pour le chiffrement et PSS pour les signatures.

Autre point concret : le RSA est lent pour de gros volumes de données. Du coup, en pratique, on l'utilise presque toujours en hybride : RSA (ou un autre asymétrique) chiffre une clé AES, puis AES s'occupe du reste. C'est plus rapide et tout aussi sûr quand c'est bien fait.

Et puis il y a la gestion des clés elle-même. Une clé privée mal protégée, réutilisée n'importe comment ou générée avec un mauvais générateur aléatoire, et tout s'effondre. Les vrais incidents qu'on voit encore aujourd'hui viennent souvent de là, pas d'une faille dans le mathématique du Rivest-Shamir-Adleman.

La menace quantique et la transition déjà en cours

L'algorithme de Shor, sur un ordinateur quantique suffisamment puissant, permettrait de factoriser n en temps raisonnable. Pour l'instant, les machines quantiques existantes sont très loin d'y arriver sur des clés de 2048 bits ou plus. Mais le risque « harvest now, decrypt later » existe pour les données qui doivent rester secrètes pendant des décennies.

NIST a finalisé en 2024 les premiers standards post-quantiques : ML-KEM pour l'échange de clés et ML-DSA pour les signatures. En Europe, les recommandations évoluent aussi vers l'hybridation ou la migration progressive. Le RSA n'est pas mort demain, mais les organisations qui gèrent des données sensibles à long terme ont intérêt à commencer à tester ces nouvelles primitives dès maintenant, en parallèle.

Le vrai sujet en 2026, ce n'est pas tant de savoir si le Rivest-Shamir-Adleman va craquer du jour au lendemain, mais plutôt de bien dimensionner ce qu'on utilise encore, de corriger les mauvaises configurations, et de préparer la suite sans tout casser. Parce que la cryptographie, c'est rarement une question de tout ou rien : c'est une question de temps, de taille de clés et de mise en œuvre soignée.

Nous sommes une équipe d'experts passionnés, convaincus que la sécurité informatique est devenue un enjeu majeur et stratégique pour toutes les organisations, quels que soient leur taille et leur secteur d'activité.
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